Histoires de laisser faire…

Encore des histoires, du vécu, des expériences qui illustrent l’attitude de laisser faire, racontées par l’auteur et aussi par des lecteurs. Veuillez nous soumettre vos histoires. Certaines, avec votre accord, seront publiée sur cette page.

LaisserFairelAmour2X

Invitation à partager vos histoires

J’aime ces histoires, car elles me font sentir qu’il existe une profonde intelligence qui nous échappe. J’ai décidé d’en mettre d’autres (celles qui étaient en annexe dans la première impression du livre) sur ce site.
J’invite aussi les lecteurs à m’envoyer par mail leurs histoires de «laisser faire». J’aimerais pouvoir également, avec votre accord, les partager sur le site.
Bienvenue donc à vos histoires exemplaires, initiatiques etrévélatrices de cette attitude de vie.

 

Le carrefour chaotique

À Lausanne, dans ma ville, est un immense carrefour, à la Sallaz, où cinq routes se rejoignent sur une sorte de place grande comme un terrain de football et une batterie de feux règlent le trafic. C’est une des entrées principales de Lausanne. Des milliers de voitures y transitent chaque jour. Voici quelques années, il fallut changer le système des feux et ainsi, pendant deux semaines, on a laissé faire le trafic. Les conducteurs, n’étant pas sécurisés ni abrutis par les feux, durent être éveillés, présents et relationnels : y aller ou laisser passer l’autre ? Donc de cinq directions différentes, les voitures arrivaient et se croisaient sur ce terrain commun, ce terrain d’entente d’ailleurs. Comme nous sommes en Suisse, il y régnait une relative courtoisie et intelligence. La police annonça dans les journaux que le bilan était extrêmement positif. Pendant ces deux semaines, il se produisit moins d’accidents que pendant le reste de l’année !

 

Laisser faire la créativité

HP (Hewlett-Paackard) est une grande entreprise qui, dans les années 1980, était l’un des plus grands vendeurs d’ordinateurs personnels. Dans un département, on avait créé une zone libre dévolue à la créativité. On laissait faire les employés afin de ne pas les brider dans leur inventivité. Ils avaient carte blanche. Le but, la structure, la rentabilité, le raisonnable ne faisaient pas partie de leur univers.
De cet endroit vint l’idée saugrenue de fabriquer des imprimantes. À l’époque, c’était fou, HP étant spécialisé dans les ordinateurs. Commencer à faire ces outils qui impriment était une idée nouvelle, mais carrément hors champ. Or HP est devenu depuis l’un des trois plus grands fabricants d’imprimantes dans le monde…

 

Laisser faire le dentiste

Dans ma période “toucher profond”, je découvrais les joies du lâcher-prise et je demandais à ma pauvre dentiste de bien vouloir ne pas me faire de piqûre d’anesthésie locale. Je désirais sentir et apprendre à laisser faire la fraise ! Je désirais expérimenter la douleur et comment ce serait de me laisser faire. La pauvre avait peur ou mal pour moi, donc elle faisait de courts et rapides coups de fraise, ce qui ne me facilitait pas la tâche. Néanmoins, je me relaxais au maximum, en développant une attitude d’accueil, de recevoir, de visualiser la douleur qui entrait et qui m’envahissait, je me laissais pénétrer, laissais la douleur faire son chemin, sans aucune résistance. Chez le dentiste, un peu fou, j’en conviens. Mais quelle expérience ! Oui, j’y ai trouvé une possibilité de laisser faire, et la douleur fut moindre et gérable. Oui.

 

Laisser faire le malaise, l’animation paradoxale

Francesco et moi, tous deux Gestalt-thérapeutes, animons ensemble une journée de formation sur la présence au corps.
Nous commençons la journée et un malaise s’abat sur moi, alors que Francesco commence l’animation de manière plutôt dynamique et efficace. Je ne me sens pas de parler, je ressens la nécessité en moi de me connecter à mes sensations et de partir de là pour… je ne sais même pas où… Après un moment qui me paraît long, je parle, non pas pour animer le groupe – ce qui est mon rôle –, mais je dis où j’en suis et ce que je fais (et ce que je ne fais pas). Je parle de la direction qui s’impose à moi. J’exprime mon hésitation à animer ou à risquer d’aller dans ma sensation, donc je témoigne de mon malaise et de mon incertitude de manière transparente. Je me sens aussi un peu inquiet pour Francesco, comme si je le laissais tomber ou que je lui faisais un mauvais coup.
J’ai conscience qu’en disant ce qui s’amorce en moi, cela peut induire une direction pour les participants. Je me dis que ce sera mon mode d’intervention. De manière sporadique, c’est ce que je fais pendant les deux heures qui suivent.
Francesco me semble déstabilisé un moment par mon “retrait”, il intervient encore un peu et puis lui aussi décide de “s’enfoncer” dans les profondeurs de la sensation. Et nous voilà donc, les deux animateurs, devant dix-huit personnes, presque muets, le regard bas, attentifs et présents dans notre corps, n’intervenant quasiment plus, supportant et soutenant le silence. Silence d’ailleurs qui provoque une lourdeur, je dirais même une pesanteur. C’est visiblement pénible pour certains, mais pour les autres, cela est propice pour les aider à rejoindre leur sensation.
Ancré dans la mienne, je me suis entendu dire, d’un rythme lent, les propos suivants : “Je suis mal à l’aise en tant que formateur mais tranquille dans ma sensation. Et si je ne hoche pas la tête et ne renforce pas, ne confirme pas les choses que vous dites, si je n’en rajoute pas malgré mon rôle, qu’est ce qui se passe ? À l’intérieur de moi, je sens, je me mets un peu plus dans mes jambes, d’ailleurs elles me donnent l’impression de gonfler et de palpiter, tellement elles sont présentes ! Et pour vous ? J’ai confiance que vous n’avez pas besoin de nos multiples interventions pour prendre cette direction annoncée. De toutes façon, on peut en parler.”
Une participante me rassure un peu en disant : “Hier j’ai l’impression d’avoir reçu des informations, aujourd’hui j’ai l’impression d’entrer dans le travail.” J’en déduis qu’elle expérimente, d’ailleurs j’en vois plusieurs qui semblent être dans autre chose que de la consommation ou de la participation complaisante. D’autres oscillent entre un malaise voire un reproche visible sur leur front et une vulnérabilité face au fait de quitter le modèle habituel. J’ai de la compassion pour eux, puisque moi-même je traverse de petites crises d’identité furtives : “mais si je n’interviens pas après ce que telle personne a dit, alors je fais quoi ici ? Suis-je encore formateur ?”, etc.
Après avoir terminé la matinée ponctuée finalement de bons retours, nous avons décidé, Francesco et moi, de prolonger l’expérience l’après-midi.
J’ai ressenti une grande satisfaction de cette expérience et en même temps un peu de gêne de la raconter à mes pairs ! Du genre… “oui, je suis très content de cette journée, je n’ai rien fait et cela a donné de bons résultats !”
Les questions que cela me pose sont les suivantes : une partie de nos interventions ne sont-elles pas là pour nous justifier ou nous confirmer dans notre rôle ? Jusqu’où l’animateur peut-il laisser faire le processus, jusqu’où peut-il faire confiance aux participants et au travail qui se fait sans lui, tout en tenant son cadre et en faisant les interventions nécessaires ? Y a-t-il une possibilité d’animer, voire d’intervenir, inspirée d’une approche radicale dans le laisser faire ?
Dans le bilan final du séminaire, j’ai entendu une femme animatrice elle-même dire : “Et pour ce qui est de cette fameuse journée de mercredi, j’en garde quelque chose que j’aimerais risquer dans mes propres groupes quand je rentre !” Une dame a aussi dit : “J’ai énormément apprécié la qualité d’implication des animateurs ce jour-là” !?!
Pour terminer, un poème d’un participant très aimable, paysan et poète, qui a écrit ce texte et nous l’a remis à la fin du séminaire : En mémoire de la journée de mercredi :

Et lentement
je regarde,
tous les visages dans le cercle.
Et dans le cercle lentement,
la lumière se répand
Ne bouge pas – ne dis rien –
Une à une
les bougies se sont allumées
petites, petites, petites,
mais joyeuses
Les corps se sont levés
et lentement se sont mis à tourner
Il n’y a plus rien à dire
ni à penser
Et si l’on parle ce ne sont pas
les mots qu’on écoute mais les voix
Tout est là

 

Jean

 

Opération du genou, laisser faire la scie

Après une opération de jeunesse, conséquence logique, l’arthrose se développe dans mon genou droit et nécessite, vingt-cinq ans plus tard, une opération appelée ostéotomie. Les chirurgiens scient les deux os du mollet, y taillent un angle qui permet de remettre la jambe dans l’axe pour que je puisse m’appuyer sur la partie saine du genou, sur mon ménisque externe. Me couper la jambe ? On me scie ! Symboliquement, grosse expérience initiatique. Après deux ans de recherche et d’enquête, j’accepte de me faire opérer. Je refuse les sédatifs offerts, j’aimerais être conscient pour pouvoir mieux me laisser faire. Après quelques prières et quelques bonnes discussions avec ma jambe, je reçois la péridurale. Dès le moment où je sens cette aiguille rentrer dans ma colonne, je laisse résonner en moi un “oui”.
Et je me relaxe, je me recule et me détends dans tous mes muscles, en laissant toute la place et tout le pouvoir à cette équipe médicale dirigée par un médecin réputé de la ville, mais qui tance ses assistants avec des “hue, hue, on y va, plus vite…”, etc. Je sens que je suis logé au fond de moi, dans un espace protégé et très agréable, et tout cet hôpital et ces bruits de scie, de marteau et de visseuse électrique deviennent périphériques. Je laisse faire, décide d’accorder toute ma confiance et de me laisser accueillir la sensation de mon expiration. Bizarrement, je me sens quasi en extase, tellement je me sens libre de toute cette agitation bien intentionnée. Après le premier jour de convalescence, je demandai de me déconnecter de “l’automate à morphine”, je n’en avais pas besoin, je n’avais pas mal, j’avais des sensations, mais pas des douleurs. Les infirmières m’ont confirmé que d’après leur expérience, les pauvres patients qui sont très tendus souffrent plus que les autres.

 

Laisser faire le gant de boxe

Je créai dans les séminaires une expérimentation sur le thème de la colère saine, que je donne depuis 1992, pour explorer un point d’humilité propre à notre humanité. D’expérimenter avec cette émotion forte me permettait aussi d’aborder l’autre face : malgré cette puissance étonnante que nous pouvons ressentir au fond de nous, nous sommes tous vulnérables, fondamentalement nous sommes “blessables”. Cette activité n’était proposée qu’à des participants de deuxième niveau, qui avaient donc une bonne expérience préalable de ce thème passionnant.
Cela se passait comme suit. Dans un climat très solennel, en silence et en cercle, debout, les participants attendaient leur tour. J’étais accompagné d’un assistant muni d’un gros gant de boxe rouge. Je me postais à côté d’un candidat qui avait montré son désir de faire l’expérience et lui proposais d’indiquer où il choisissait d’être percuté par le gant (à l’exception des zones sensibles), et avec quel degré de force : fort, moyen ou faible. Après quoi, je l’invitais à fermer les yeux et à ouvrir la bouche, et dans un accompagnement tranquille, je le guidais à respirer par la bouche, à entendre sa respiration et à entrer dans la sensation de son corps, de sa respiration, qui se relaxait et devenait fluide. La proposition était la suivante : vous pouvez décider où vous allez recevoir le coup, quelle force sera utilisée, mais vous ne pourrez pas voir ni savoir, ni contrôler à quel moment vous allez le recevoir. Cela offrait une chance relative d’être détendu, ouvert, accueillant… Et la consigne était très claire : “Lorsque vous recevez le coup, ne faites qu’une seule chose, occupez-vous de sentir, sentir, sentir, soyez présent, soyez dans la conscience de votre corps, rien d’autre.” Comme un scientifique dans son laboratoire intérieur, qui observe, qui désire savoir ce que fait ce coup, où il va, quel chemin il prend. Si je ne fais rien, pas de réaction, sans tenter de diminuer ou d’éliminer la sensation, si je ne trafique pas avec lui, si je ne suis pas occupé à me défendre, alors qu’est ce qui se passe au juste, en vérité, dans mes cellules, dans mon corps à cet instant précis ?
J’ai toujours trouvé osé de proposer un exercice pareil. C’était d’une grande intensité (pour mon assistant(e) et pour moi-même aussi) tellement il y a de fantasmes et de peurs de cet état de non-défense, de vulnérabilité totale souhaitée, délibérément créée. Absurde hors de son contexte, j’en conviens.
Les expériences des participants furent variées et inégales, mais toujours passionnantes. Pour la grande majorité, il était clair que c’était la première fois qu’elles ou qu’ils avaient développé une telle attitude de non-défense, de non-résistance, apparemment “suicidaire”, mais qui se révélait avoir beaucoup de sens. Une révélation, une initiation, parfois une ouverture, une brèche, une expérience d’avoir vraiment lâché prise, dans toute la splendeur de ce terme. Bouleversant, ou simplement déroutant. Cela posait un certain nombre de questions sur une attitude à développer dans des situations où il n’y a pas lieu de s’armer et de se carapacer…
Personne n’a jamais été blessé. Au pire, quelques personnes ne vécurent rien d’intéressant. Et il leur était permis de garder leur jugement sur l’exercice.

 

Laisser faire le tourbillon

Un maître indien racontait qu’il sautait dans les tourbillons de la rivière qui coulait à côté de son village natal. L’expérience qu’il s’offrait régulièrement était de lâcher prise. S’il se débattait et essayait de lutter contre la force des tourbillons pour s’en sortir, il risquait de se fatiguer et même de se noyer. Il se relaxait, se laissait aller et les tourbillons l’emmenaient de force vers le fond. Lorsqu’il sentait ses pieds toucher le fond de la rivière, il poussait vigoureusement avec ses deux jambes vers le haut de biais et sortait ainsi de la zone dangereuse. Laisser faire le tourbillon, se laisser faire le sauvait chaque fois en lui donnant une belle expérience (que je ne vous recommande surtout pas !).

 

Laisser faire le torrent

Philippe, un ami, faisant une randonnée avec deux amies dans les montagnes du Valais en Suisse, longeait un torrent escarpé. Comme Philippe est un joyeux luron, il fit un pas un peu trop téméraire et glissa en tombant dans le courant du torrent. Tout de suite, il fut emporté et précipité contre les rochers. Dans sa conscience, il cherchait à s’arrêter et surtout à sortir la tête de l’eau pour respirer. Rien n’y faisait. Il se débattait depuis un moment dans une ambiance de fin de vie, se fracturait de toute part et sentait l’air lui manquer cruellement. Il se rappela soudainement cette histoire du maître indien (ci-dessus) et, aussitôt, arrêta de se démener et ne fit plus rien. Il se laissa emporter par le courant meurtrier. Et en une fraction de seconde, sans comprendre comment, il fut debout, la tête hors de l’eau et il put s’accrocher au mur de rocher, sans rien pouvoir faire d’autre que de se retenir debout. Enfin le secours de ses deux amies arriva. Il fut sorti de là par hélicoptère et passa trois mois à l’hôpital, avec vingt-trois fractures. La seconde option, de ne plus rien faire, semble avoir été la bonne. Lui en est convaincu. La chance inouïe est qu’il était conscient de cette deuxième option, qui n’est vraiment pas le premier réflexe qui nous vient en général (!), et qu’il osa la risquer.

 

Laisser faire le chat dans ma gorge

Un grand ami me disait toujours : “enjoy it”. Nous étions une bande d’amis qui avions utilisé quelques milliers de fois pendant des années ce mantra, cette induction magique qui désamorce la lutte, le déni, et qui invite à aller avec le flot de la rivière, à en faire quelque chose pour soi.
J’étais une fois dans un ashram, un lieu où, comme ailleurs en Inde, nous sommes invités à ne pas tousser pendant les temps de méditation, les satsangs, etc.
Dans une réunion en silence de cœur à cœur, je pus m’asseoir par chance en avant ce jour-là, parmi les méditants les plus assidus et les plus engagés de l’ashram. Au bout d’une heure, dans un moment de silence profond et merveilleux, parmi ces milliers de bouddhas en herbe, me vient une envie furieuse de racler et de tousser un chat qui squattait ma gorge. Un “rrrhhhhrhhuunnnh” forcé aurait désencombré le passage et éloigné la peur de m’étouffer ou de m’étrangler. Un coup de génie, venu de nulle part, me proposa de ne rien en faire, de laisser faire et d’observer silencieusement. Les trois minutes qui suivirent furent parmi les plus intenses de ma vie. Quelle qualité de présence et quel univers particulier et extatique se créaient en moi ! Le mot était “oui” et la direction était de soutenir tout ce qui se passait, inconditionnellement. Alors, sans interférence de ma part, le corps fit ce qu’il avait à faire. Je sentis ma gorge se charger comme si elle allait exploser, au ralenti, et que j’allais m’étouffer sans possibilité de prendre une respiration. Puis une chaleur enivrante monta dans mon dos et ma trachée jusqu’à mes yeux. De grosses larmes sans pleurs se mirent à couler. La chaleur qui montait était aussi accompagnée comme d’un courant électrique, intense, mais au fond pas du tout douloureux, et même très agréable. Étonnant… À ce moment-là, j’avais oublié mon besoin pressant de respirer, j’étais occupé ailleurs et je retrouvais un peu d’air et de circulation, mais sous une forme à laquelle je ne m’attendais pas. Mon torse perlait de sueur et mes cheveux et mon cuir chevelu fourmillaient de petites bulles. En fait c’était complètement agréable et surprenant. C’était carrément et rondement orgasmique. Vers la fin de cette initiation, je perçus que ma gorge était comme lavée et libre. Les minutes qui suivirent furent délicieuses, quoique moins intenses. Ce fut mon secret, personne n’avait aperçu mon explosion silencieuse et je fus impressionné de la simplicité et de l’intensité de l’expérience. J’avais parcouru des milliers de kilomètres jusqu’en Inde, et d’ailleurs, ce n’était pas la première fois, pour aller chercher la réalisation de moi et l’extase, et c’est en parcourant quelques centimètres en moi, dans un problème de ma gorge, que j’avais goûté à cela.

 

Laisser faire l’imprévu

“Je voudrais vous faire témoignage de quelque chose de bon et de beau dans ma vie. J’étais inscrite au stage couple avec mon compagnon, le stage a été annulé, nous nous sommes offert la possibilité de laisser faire l’amour d’une autre manière, en allant à la montagne quatre jours, marcher, humer, peindre, rire, s’aimer.
Nous avons pensé à vous, vraiment.
Nous avons créé notre stage, il a été si vivant, il nous porte encore dans notre quotidien.
Avec sincérité et tendresse”

Agnès

 

Laisser faire le poids 

Dans le travail psychocorporel (bodywork), il y a une technique de toucher profond que j’ai pratiquée pendant vingt ans, appelée rebalancing, enseignée par deux hommes admirables, Sathyarthi et Anubuddha. Il nous était demandé de n’utiliser que peu de force musculaire et d’offrir à la place notre poids. Lorsque nous mettions notre main sur le corps de notre client, le contact étant fait, nous nous laissions aller doucement à donner de nous-même, à donner du poids, pour obtenir une profondeur et labourer respectueusement les tissus conjonctifs, avec une extrême lenteur, pour relâcher la cuirasse et assouplir la partie du corps ainsi rencontrée. Le client était invité à laisser faire le poids, à recevoir le poids, à respirer et à évacuer toutes les sensations quelles qu’elles soient par l’expiration, par la voix, à se rendre à cette pression extérieure qui traitait précisément des endroits enfin touchés. Nous l’avons vérifié constamment, dès que nous mettions plus de tension, plus d’intention, plus de force, le client se mettait sur la défensive, automatiquement, et avait mal. Lorsque nous relaxions notre poids sur le client, cela devenait relationnel, il pouvait en faire quelque chose, il ne se sentait pas agressé par notre effort, même si cela le confrontait à l’intensité occasionnelle logée dans certaines parties sensibles de son corps.

 

Laisser faire les sphincters

Dans les formations de travail psychocorporel que je donnais à une époque, je posais la question : comment allez-vous à la selle ? Laissez-vous faire ou poussez-vous ? Il n’y avait pas besoin de grands discours, mais pour certains, c’était une révélation que nous pouvions laisser faire les matières fécales, nous relaxer et donner le temps aux sphincters de lâcher, de s’ouvrir à leur rythme, d’être attentif et d’apprécier le processus qui se fera très bien sans nous, si nous sommes détendu, prenons le temps et ne sommes pas distrait par des tensions mentales. N’avez-vous pas remarqué que lorsque vous poussez, cela crée plus de tension et que souvent cela se passe plus laborieusement ? À expérimenter…

 

Laisser faire le weekend

Un homme de tête brillant et qui travaille depuis longtemps à équilibrer sa vie introduisait par petites doses cette dimension du yin inconnu et incontrôlable et cheminait bien avec ça. Il me raconta qu’il avait proposé à sa femme, prise dans les mêmes rythmes effrénés que lui, d’oser pour une fois ne rien faire un dimanche matin… ne rien prévoir, ne rien faire d’utile, se laisser vivre ce dimanche d’automne à la maison et flotter là où l’humeur ou/et le plaisir les mènent. Bien sûr, cette journée se passa extrêmement bien et elle fut satisfaisante pour tous les deux. Belle audace !